2010 était une excellente année pour la spéculation sur les denrées alimentaires !

2010 était une excellente année pour la spéculation sur les denrées alimentaires !

Antonio Gambini chargé de recherche au CNCD-11.11.11

Le supplément « commodities » (matières premières) du Financial Times du 30 novembre 2010 nous apprend que l’année a été très bonne pour les opérateurs (hedge funds notamment) des marchés des produits financiers basés sur les denrées alimentaires.

Une sécheresse importante a affecté la production de blé en Russie, en Ukraine et au Kazakhstan, sans compter les inondations au Pakistan et des conditions climatiques non optimales au Brésil : que des excellentes nouvelles pour ces opérateurs qui ont ainsi pu « tirer les bénéfices de la volatilité des prix et des distorsions des flux commerciaux », et devenir donc les « bénéficiaires principaux des pénuries de céréales » . Pénurie virtuelle puisqu’elle est le fruit des supputations des opérateurs financiers démentie par la réalité puisqu’en 2010 la récolte mondiale de céréales est excellente et le niveau des stock en hausse depuis 3 ans.

Petit point négatif tout de même pour la firme ADM, qui n’a gagné que 345 millions de dollars entre juillet et septembre 2010 (30% de moins que prévu), pour n’avoir pas suffisamment anticipé la suspension des exportations de céréales par les autorités russes.

Les hedge funds étaient un peu méfiants traditionnellement face à des marchés agricoles considérés comme trop restreints, mais tout cela c’est du passé. Aujourd’hui les bourses contrôlées par le groupe CME ont enregistré 1,1 millions de contrats par jour en octobre 2010, 42% de plus que l’année précédente. Selon les mots d’un spéculateur repris par le FT, « les céréales s’échangent comme des bons du trésor USA, c’est un marché très liquide ».

Le marché des métaux est aussi de plus en plus profitable. Les banques d’investissement, hedge funds et autres courtiers espèrent le rendre encore plus fertile en créant un nouveau produit dérivé miraculeux, les « exchange-traded funds » (ETF), qui devraient permettre notamment aux spéculateurs d’agir sur le marché du métal « physique », et non plus uniquement des simples options immatérielles. Ainsi les spéculateurs pourraient à la fois profiter de la croissance de la demande en métaux et de l’appétit renouvelé des investisseurs pour les actifs « physiques » en raison des craintes qui pèsent sur les monnaies.

Si ces produits financiers innovants sont autorisés par les régulateurs, alors ils pourraient être déterminants par exemple pour faire monter les prix de la tonne de cuivre de 8500 à 10000 dollars. Autre avantage, la création d’un nouveau marché de stockage et d’entreposage des métaux, source probable de nouveaux bénéfices pour les banques et leurs filiales spécialisées.

Ce qu’évidemment l’article du Financial Times ne nous apprend pas c’est quelle est l’utilité sociale de ces beaux développement sur les marchés financiers. Peut-être tout simplement, comme d’antan sur les marchés hypothécaires américains, cette belle créativité financière n’apporte rien d’autre à la société que de nouvelles inégalités et le germe de prochaines crises systémiques dont le coût sera payé non pas par les spéculateurs mais par les citoyens et les contribuables.

Ce qu’il est possible de faire :

- Avoir plus de spécialiste des marchés des matière premières dans les organes de régulation
- distinguer les acteurs se protégeant contre des risques commerciaux des spéculateurs comme l’on fait la CFTC des Etats-Unis
- l’autorité des services financiers britannique ne s’occupe eux que des positions importantes pouvant amener manipulation des cours quelque soit l’acteur qui en est responsable.
- De façon plus fondamental ce qui importe c’est que les régulateurs différencient les dérivés des matières agricoles et alimentaire des dérivés financiers. Les organes de régulation devraient être différents
- Lorsque la distinction est faite l’accès aux marchés des dérivés agricoles et alimentaire pourrait être restreint aux commerçants du secteurs et aux courtiers avec interdiction de spéculation à court terme et un enregistrement obligatoire des acteurs afin d’exclure les acteurs financiers
- On peut réduire les incitants à la spéculation par la mise en place de plate-forme tel que « ethiopia commodity exchange », l’obligation de livraison, empêcher les traders de liquider leur obligation en cash, et imposer des acompte de 10 à 30%.
- En plus de ces régulations on doit renforcer les infrastructures du marchés réel par des investissements publics dans les équipements de stockage et de transport. De telles étapes réduiront non seulement l’influence des opérateurs financiers sur les contrats à terme et augmentent la participation des agriculteurs fermiers sur de tels marchés, et amélioreront également la capacité des marchés à terme d’agir en tant que signaux des prix.
- Rendre les marchés réel transparents, de sorte que les possessions de n’importe quel commerçant soient connues de tous ainsi que stocks stratégiques des différents Etats.
- limiter l’ampleur des position afin qu’elle ne puisse être manipulatrice

http://www.iaahp.net/uploads/media/20102309_briefing_note_02_en.pdf

format imprimable

| Site réalisé avec SPIP, sous Licence de logiciel libre(GPL), optimisé pour FIREFOX | Administration | Espace membres |