Décembre 2007
Agrocarburants position d’IEW

0. Préliminaire

Il existe au moins trois filières de production d’énergie à partir de la biomasse.

Deux d’entre elles se basent sur des productions forestière ou agricoles : les filières ligno-cellulosique, utilisant le bois ou des sous-produits agricoles riches en lignine et les filières amidon/huile utilisant les huiles végétales ou de l’amidon (ce sont ces dernières qui sont actuellement le plus développées pour la production d’agrocarburants).

Une troisième filière recycle la fraction organique des déchets ménagers, agricoles et industriels.

L’énergie peut-être valorisée directement par la combustion des produits (ou par leur transformation en un combustible), ou encore par leur transformation en carburant. Certaines filières valorisent de la biomasse issue des déchets. Présentant pour la plupart des avantages environnementaux importants (réduction d’émission de méthane, etc.), les associations sont favorables à leur développement et considèrent que ces filières doivent être développées en priorité. Elles ne sont pas considérées dans la présente position.

La filière ligno-cellulosique, qui se développe à travers une valorisation comme combustible, présente certains effets secondaires. Ceux-ci, cependant, sont moins marqués que ceux associés à la filière amidon/huile, destinée à la production de carburant qui est, elles, en forte croissance en raison de la demande et des avantages fiscaux octroyés aux agrocarburants. Cependant, la filière ligno-cellulosique dispose d’un potentiel important de développement pour la production de carburants, toutefois actuellement limité par le problème du développement à l’échelle industrielle.

La filière agricole de production d’agrocarburants fait par contre l’objet d’un développement rapide induit par le développement considérable d’investissements industriels, dont il importe de bien cerner, comprendre et analyser les conséquences. Les enjeux qui y sont liés sont particulièrement complexes et dépassent largement le cadre des politiques énergétiques. Pour en évaluer les incidences, il est nécessaire de prendre en compte les interactions avec les marchés alimentaires et leurs multiples effets indirects. De même, en termes de politique publique, il convient de s’interroger sur la pertinence de leur promotion par rapport aux objectifs auxquels ils sont sensés contribuer.

1. Introduction

Motivant le développement des agrocarburants comme étant une solution pour lutter contre les changements climatiques et la dépendance énergétique, et aussi une opportunité pour revaloriser les productions agricoles, l’Union européenne (à l’instar d’autre pays industrialisés) s’est fixé comme objectifs d’atteindre respectivement 5,75% et 10% d’agrocarburants dans le secteur des transports d’ici 2010 et 2020. Un objectif ambitieux qu’il nous semble utile de recontextualiser.

2. Enjeux alimentaires, enjeux énergétiques

Le développement de la production d’agrocarburants, impulsé par des politiques publiques dans un contexte de plafonnement de l’offre pétrolière, conduit petit à petit à une intégration des marchés énergétiques et alimentaires. Cette jonction croissante pose nombre de problèmes qu’il convient d’appréhender, tant à l’échelle d’un pays qu’au niveau international.

La Belgique dispose d’un taux d’autosuffisance alimentaire de l’ordre de 50 % (ce qui signifie que la moitié de la consommation alimentaire nationale doit être importée de l’étranger). Nous importons en effet la majorité des protéines destinées à l’alimentation du bétail, plus de 50 % de nos céréales et la majorité des huiles végétales consommées. Ce taux d’autosuffisance est en diminution puisque la surface agricole belge décroît davantage que ne s’améliore la productivité agricole.

L’Europe des 25 est plus proche de l’autosuffisance alimentaire : exportatrice de céréales et de produits laitiers, elle reste cependant le plus grand importateur mondial de protéagineux et de matières grasses végétales. L’Europe est donc caractérisée par une autosuffisance alimentaire théorique, mais reste totalement intégrée et dépendante de l’évolution des marchés mondiaux. A ce titre, il importe de souligner qu’il n’existe pas, à l’échelle européenne ni aux échelles nationales, d’indicateur ou de suivi du taux d’autosuffisance alimentaire.

Nos habitudes alimentaires, en Belgique comme dans la majorité des pays industrialisés, altèrent fortement notre autosuffisance alimentaire du fait notamment de notre surconsommation de viande, au point d’en être devenu un véritable problème de santé publique. Nous consommons en effet près de deux fois trop de produits carnés par rapport à nos besoins, ce qui n’est pas sans incidences : leur production est à l’origine d’émission de gaz à effet de serre (GES) considérables et nécessite davantage de surface que pour une production équivalente de protéines végétales. Des habitudes alimentaires plus conformes à nos besoins réels, reposant moins sur la consommation de produits carnés, permettraient donc d’améliorer fortement le taux d’autosuffisance de la Belgique et donnerait à l’Europe un taux d’autosuffisance bien supérieur à 100 %, libérant alors des surfaces agricoles qui pourraient être destinées à la production d’agrocarburants tout en créant une vraie indépendance énergétique.

La sécurité des approvisionnements alimentaires doit rester une prérogative des pouvoirs publics, les marchés étant incapable d’assurer cette responsabilité. Il convient en l’occurrence de faire prévaloir l’indépendance alimentaire par rapport à l’indépendance énergétique. Plus encore, si ce principe est valable pour nous, nous avons aussi la responsabilité de mesurer l’incidence de nos politiques énergétiques sur l’accès à l’alimentation dans les pays tiers.

3. Enjeux alimentaires et énergétiques : une liaison dangereuse

Dans un marché mondialisé et interdépendant, il importe de développer un minimum de prospective, à l’échelle internationale en particulier, et ce d’autant plus pour des productions qui sont fondamentalement liées au sol et donc par nature limitées.

Les objectifs de production d’agrocarburants que les États-Unis se sont fixés d’ici à 2017 représentent à eux-seuls environ 20 % de la production mondiale des céréales produites dans le monde et 140 % des volumes échangés dans le monde.

Cette politique a, et aura dans une plus grande ampleur encore, un impact considérable sur le marché mondial, impact devant être évalué afin de développer des réponses adaptées aux enjeux. Or, les politiques de développement des agrocarburants se décident aussi en Europe et au niveau des principaux producteurs agricoles (Chine, Inde, Canada,...), ce qui aura pour effets de les rendre importateurs nets au détriment des importateurs traditionnels.

Des tendances qui s’expriment déjà au travers d’une augmentation des prix agricoles. L’Institut français des relations internationales (IFRI) estime l’augmentation du prix des aliments de base entre 20 et 33 % d’ici à 2010 et de 26 à 135 % en 2020 (mentionner source précise), des chiffres qui ne prennent pas en compte l’évolution des prix pétroliers pourtant appelés à augmenter...

L’émergence de ce nouveau marché et l’augmentation des prix agricoles que cela induit accroît la pression sur le foncier dans le monde. Le défrichage des forêts en Indonésie, au Brésil en Colombie, ... qui s’ensuit représente non seulement une catastrophe en termes de biodiversité, mais est de surcroît totalement contre-productif par rapport à l’objectif environnemental annoncé puisqu’il induit des rejets considérables de gaz à effet de serre (la déforestation représente 20% des émissions anthropiques de gaz à effet de serre à l’échelle du globe). Si l’objectif poursuivi au niveau européen est officiellement environnemental, il y a lieu de s’interroger si à l’instar des Etats-Unis, l’ « indépendance énergétique » ne guide pas également les choix de nos responsables (au détriment de l’auto-suffisance alimentaire).

Il importe en outre de considérer les risques que font porter les changements climatiques sur la production agricole elle-même. Les baisses de récoltes observées ces dernières années dans les différentes régions du monde sont à imputer à des aléas météorologiques, appelés à se multiplier en raison du réchauffement global. Les réponses à cette question impliquent nécessairement une réponse politique différente.

D’autres facteurs prioritaire interviennent également et influeront dans les années à venir sur la hausse prévisible de la demande en produits alimentaires : une augmentation soutenue de la population mondiale et l’évolution des habitudes alimentaires dans les pays en développement. Il en résulte que l’intégration des marchés énergétiques et alimentaires, dans le contexte inéluctable d’une réduction de l’offre pétrolière (« pic pétrolier » ), présente un risque inacceptable pour la sécurité alimentaire dans le monde et en Europe.

4. De la planète à la terre : les impacts de la production d’agro-carburants

La production agricole ne se réduit pas aux lois habituelles de l’économie, les ressources en « sols » étant par définition limitées. Outre leur fragilité intrinsèque, les sols sont aussi porteurs d’écosystèmes indispensables au maintien et à la préservation de la biodiversité et à la régulation du climat.

L’Évaluation des Écosystèmes pour le Millénaire nous a rappelé combien la dégradation en cours de nos écosystèmes fragilisait leur capacité de production et leur pérennité, constituant un risque pour le développement de nos sociétés. De plus, la pression que peuvent faire subir les agrocarburants sur les écosystèmes, soit directement par leur destruction au profit de cultures de rentes, soit indirectement par leur détérioration du fait d’une agriculture intensifiée, est considérable et a été largement sous-estimée dans cette évaluation. Il importe d’en prendre la mesure.

Alors même que cette pression est en forte croissance, la communauté scientifique internationale rappelle la nécessité de préserver et d’améliorer le statut de la biodiversité au sein des milieux agricoles. Un objectif qui est encore loin d’être atteint en Europe, puisque l’état de la biodiversité, malgré les engagements solennels de l’Europe et des État, reste purement incantatoire.

Ailleurs, les incidences que fait peser le développement des cultures énergétiques en substitution à d’autres cultures ou à des milieux naturels sont considérables tant pour l’environnement que pour les populations indigènes (ces deux aspects étant d’ailleurs intimement liés).

Pour ce qui concerne les impacts environnementaux, mentionnions notamment :

- Déforestation : évoqué ci-dessus, le problème de l’accélération de la déforestation en raison du développement des agrocarburants est particulièrement préoccupant en raison des conséquences dramatiques que cela induit en matière de biodiversité, d’émission de gaz à effet de serre, d’érosion des sols, de modification des cycles de l’eau, etc.

- Perte de biodiversité : liée à l’intensification de la déforestation, elle est par ailleurs directement due au recours intensif aux monocultures qui caractérise généralement les cultures énergétiques.

- Consommation d’eau : certaines cultures énergétiques développées à grande échelle dans les pays du Sud sont particulièrement gourmandes en eau (la canne à sucre par exemple ). cette question en particulièrement problématique dans des régions du globe qui sont déjà soumises à des pénuries d’eau, pénuries appelées à s’aggraver avec le réchauffement global.

- Recours aux OGM : le risque est réel de voir les Autorités imposer des contraintes moins strictes lorsqu’il s’agira de cultures destinées à des fins énergétiques plutôt qu’alimentaires. Cela pourrait conduire à un recours accru aux OGM ou aux pesticides, par exemple.

- Enfin, on peut également rappeler les nombreux impacts environnementaux liés aux activités agricoles en général (eutrophisation, utilisation de substances chimiques, acidification, etc.). Ces impacts ne seront toutefois pas plus nombreux lorsque les cultures seront destinées à des fins énergétiques, excepté si la production d’agrocarburants conduit à une augmentation des surfaces agricoles (au détriment d’autres occupations des sols).

En ce qui concerne les conséquences négatives pour les populations indigènes, les exemples sont malheureusement devenus légions. D’une part, ce sont en effet ces populations qui seront directement affectées par les impacts environnementaux énoncés ci-dessus.

D’autre part, la production d’agrocarburants prend de plus en plus la forme de concessions dans certains pays en développement, au détriment des populations locales qui sont expulsées et/ou exploitées sur leurs propres terres. Par ailleurs, la financiarisation à grande échelle du foncier chasse les paysans et leurs productions vivrières au profit de cultures de rente plus profitables aux Etats.

Au brésil, le soja puis les agrocarburants ont gonflé le lot des paysans sans terre. En Colombie, les milices paramilitaires s’approprient des territoires énormes et plonge les paysans dans l’esclavage ou les pousse à l’exode. Les exemples similaires son innombrables.

La destruction de l’agriculture familiale au profit de ces cultures industrielles accentue les impacts environnementaux évoqués ci-dessus :érosion de sols déjà sensibles, contamination des eaux, réduction de la productivité des écosystèmes contribuant à leur fragilisation, etc. Une dérive pourtant dénoncée dans l’évaluation des écosystèmes pour le millénaire.

Enfin, il y a lieu de préciser que si la biomasse présente à première vue des avantages en termes d’émissions de gaz à effet de serre (la quantité de GES émise est équivalante à celle absorbée lors de la croissance des végétaux), il est nécessaire de tenir compte des émissions de gaz à effet de serre induites tout au long du cycle de vie (de la production à la combustion).

De nombreuses étapes de ce cycle de vie sont grandes génératrices de gaz à effet de serre : déforestation, utilisation d’engrais (qui induisent des consommation d’énergie importantes lors de leur production et engendrent des émissions de N2O, un gaz à effet de serre très puissant, lors de leur utilisation) et de pesticides, transformation industrielles, etc. Et les résultats sont très variables selon les filières considérées, l’efficacité de certaines d’entre elles étant minime puisque ne réduisant que très marginalement les émissions. Pire, en raison de la déforestation induite et/ou du recours certaines filières émettent davantage de GES que la combustion d’énergies fossiles qu’ils sont destinés à « remplacer » ! Des filières qu’il convient en l’occurrence de fermer au plus vite…

5. D’autres mondes sont possibles...

Les agrocarburants sont souvent présentés comme une pièce maîtresse d’une politique de mobilité « durable », permettant de répondre au double défi des changements climatiques et de la dépendance au pétrole. Ce dernier élément étant d’autant plus crucial dans un contexte où les constats scientifiques alarmants se multiples concernant le phénomène de « pic pétrolier ».

Or, d’autres politiques sont indispensables pour réorganiser nos modes de déplacements et ceux des marchandises, défi incontournable dans un contexte de réchauffement global. Elles sont de surcroît plus efficientes pour réduire les impacts du secteur des transports et offrent l’avantage d’actionner des leviers (et de présenter des bénéfices) collectifs plutôt que compétitifs.

Ainsi, toute politique qui permet de réduire nos besoins de mobilité ou améliore son efficacité énergétique induit des effets bénéfiques pour la collectivité puisqu’elle réduit la demande d’énergie qui peut être allouée à des usages plus prioritaires. A contrario, les agrocarburants mettent en compétition production alimentaire et énergétique ainsi que d’autres utilisations du sol indispensables comme la nécessité de protéger la biodiversité. Une politique que tout le monde paye mais à des degrés divers.

Les principaux axes d’une politique de mobilité réellement durable sont, par ordre de priorité, la maîtrise de la demande, le transfert modal et l’amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules.

6. une position collective possible :des agrocarburants mais pas n’importe comment !

La biomasse d’une manière générale et certaines filières d’agrocarburants en particulier peuvent contribuer, sous certaines conditions, à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Mais il importe surtout, dans un souci de bonne gouvernance, de prendre en compte l’efficacité des politiques publiques par rapport à l’enjeu climatique et de mobilité. Priorité doit donc être accordée aux politiques visant la maîtrise de la demande, le transfert modal et l’efficacité énergétique.

L’Europe dispose d’une certaine capacité de production d’agroénergie à partir de son territoire sans qu’une amélioration de l’indépendance énergétique se fasse au détriment de sa dépendance alimentaire. Afin de mieux évaluer une telle conséquence, il apparaît par exemple nécessaire de mieux connaître l’évolution de l’auto-suffisance alimentaire à l’échelle des Etats et de l’Europe. nous sommes favorable à la mise en place d’un tel indicateur.

Tout objectif de développement des agrocarburants devra alors être analysé à la lumière de cet indicateur.

Par ailleurs, une piste intéressante réside dans la nécessité de modifier nos habitudes alimentaires en substituant les protéines animales par les protéines végétales afin de réduire les surfaces agricoles nécessaires (et les émissions de GES du secteur agricole) pour subvenir aux besoins alimentaires sans réduire l’auto-suffisance alimentaire.

Il y a donc là d’une véritable opportunité de lier un enjeu de santé publique à un enjeu environnemental tout en y gagnant en termes de réduction d’émissions grâce à la diminution des GES produits par l’élevage.

La promotion des agrocarburants occulte souvent le débat sur la contribution potentielle de l’agriculture à la réduction des émissions GES. Les marges sont pourtant considérables à travers notamment la réduction de l’utilisation d’engrais (dont la transformation dans les sols engendre des quantités importantes de GES), l’introduction de légumineuses dans les rotations pour réduire les besoins en engrais et limiter les transports liés aux produits importés, et enfin le développement de circuits courts et la réduction des GES produit par l’élevage.

L’agriculture peut également produire de l’énergie tout en évitant les effets de substitution à travers la plantation de haies et d’alignement d’arbres, techniques qui améliorent la captation du carbone par l’écosystème agricole.

Au vu des grandes disparités observées entre les nombreuses filières biomasse, nous plaidons pour que soit développées– et, le cas échéant, favorisées – les filières présentant les bénéfices les plus important en termes de :

- émissions de gaz à effet de serre épargnées par tonne équivalent pétrole (kgCO2eq/tep, quantité de GES épargnées par litre substitué). Le Bureau européen de l’environnement considère qu’en tenant compte de l’ensemble des émissions de la filière, un gain de 50% minimum d’émissions de GES est acceptable à court terme. Ce seuil devant toutefois être progressivement revu à la hausse jusqu’à un niveau de 80% de réductions.

- émissions de gaz à effet de serre épargnées par hectare de culture (kgCO2eq/ha). Le facteur limitant principal pour le développement des agrocarburants étant l’ampleur des surfaces disponibles pour ce type de culture. Il est donc essentiel de tenir compte de cet élément lors du choix des filières qui seront développées, afin de s’assurer que les productions n’entrent pas en compétition avec des besoins essentiels humains (alimentaires, de logement…).

- Coût de la tonne de CO2 évitée (€/kgCO2eq). Dans la mesure où une filière devait être développée et bénéficierait d’aides pour ce faire, cela induirait un coût pour la société (via les contribuables, les consommateurs, les producteurs, etc.). Il importe donc de consacrer ces budgets à des politiques qui soient le plus efficace possible en termes de réductions d’émission, puisqu’il s’agit de l’objectif principal recherché.

Une analyse précise du cycle de vie en termes d’émissions de gaz à effet de serre pour les différentes filières, en particulier pour les unités de production belges, apparaît donc nécessaire.

Pour nous, toute décision politique ou économique au niveau « micro » conduisant à un recours accru aux agrocarburants doit donc faire l’objet d’une analyse minutieuse de ces trois indicateurs, en garantissant par ailleurs le respect de critères environnementaux (ne pas constituer une menace pour les écosystèmes, ne pas engendrer de de dissémination d’OGM dans l’environnement, ne pas altérer la qualité des sols et les ressources en eau, etc.) et sociaux stricts (respect des règles de l’OIT, etc.) et clairement établis .

L’importation d’agrocarburants ayant des répercutions considérables pour les pays producteurs, l’opportunité de développer un système de certification permettant de prendre en compte ces impacts négatifs lors du choix des filières d’importation est souvent évoquée, notamment par les instances européenne qui envisagent un tel instrument.

Nous craignons toutefois qu’un tel système ne soit pas réellement efficace avant le moyen terme, soit probablement trop tard pour éviter de nombreuses conséquences négatives énoncées ci-dessus. En effet, un tel système doit impérativement être régulé moyennant certaines balises définies au niveau des États et non des projets (afin d’éviter les effets de substitution), ce qui nécessitera des délais de mis en œuvre important.

Par ailleurs, nous considérons qu’un tel système ne devrait être mis en place que dans le contexte d’un marché agricole stable au niveau international. Le développement des agrocarburants et l’augmentation des prix agricoles n’ont pas les mêmes conséquences au Sud et au Nord sur le pouvoir d’achat et nous ne pouvons prendre le risque d’appauvrir plus encore, voire d’affamer les populations déjà les plus fragilisées.

Dans un contexte tel que décrit dans les chapitres 2 à 5 ci-dessus, et dans la mesure où un système de certification ne pourrait être opérationnel dans des délais acceptables, nous considérons qu’il est urgent d’étudier de près les impacts potentiels de l’augmentation de la production d’agrocarburants induite pour permettre à l’UE d’atteindre l’objectif de 10% qu’elle s’est fixé, et de prendre toutes les mesures nécessaire afin de les limiter.

Pour nous, il est indispensable d’avoir une connaissance précise des impacts potentiels d’une tel politique avant de poursuivre dans cette voie, en particulier au vu des tensions observées sur les marchés céréaliers et des conséquences sociales et environnementales de la production intensive d’agrocarburants. La fédération wallonne des associations environnementales plaide donc pour qu’il soit – au moins transitoirement – revu à la baisse, conditionné au respect de critères de durabilité très stricts, et non-contraignant. Une telle politique pourrait alors être éventuellement réévaluée à la lumière de nouvelles connaissances quant à ses répercutions exactes.

Enfin, nous nous interrogeons par ailleurs sur la pertinence du système fiscal actuel, lequel représente un charge pour la collectivité mais dont les bénéfices pourraient être alloués à meilleur escient. Pour nous, les sommes dégagées par la surtaxes sur les carburants conventionnels pourraient en effet être utilisées dans des politiques de réduction d’émissions plus efficaces en termes de réduction d’émissions. Il y a par ailleurs un risque que ces aides octroyées dans les pays industrialisés soient, indirectement, reportées sur les plus défavorisés via la hausse des prix alimentaires.

format imprimable

| Site réalisé avec SPIP, sous Licence de logiciel libre(GPL), optimisé pour FIREFOX | Administration | Espace membres |