décembre 2007
Quelle est la situation des agrocarburants en Afrique de l’Ouest

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INTRODUCTION

Depuis quelques années, les communautés locales, les organisations non gouvernementales (ONG), les institutions nationales et internationales ont pris la mesure du danger que constitue l’émission des gaz à effet de serre par les énergies fossiles, en particulier les produits pétroliers.

Ces gaz sont à l’origine de graves perturbations environnementales conduisant aux changements climatiques observés de plus en plus et qui hypothèquent l’équilibre écologique dans les différentes régions du monde. De plus, le coût de plus en plus élevé des hydrocarbures (pétrole et ses dérivés) et la perspective d’un épuisement de cette ressource naturelle énergétique non renouvelable a amené les chercheurs et les états à réfléchir au développement de nouvelles sources d’énergie écologiquement propre et économiquement rentable.

Parmi ses sources d’énergie renouvelables, les bioénergies en général et les agrocarburants en particulier sont celles qui attirent l’attention des responsables politiques, compte tenu du fait que la filière carburant est celle qui consomme le plus de produits pétroliers et qui produit le plus de gaz nuisibles à l’environnement et à la santé. Ainsi, il est admis que l’utilisation de l’éthanol pur à la place de l’essence permet une réduction de l’émission des gaz à effet de serre de l’ordre de 75% (source IFEN).

Au-delà de cet aspect environnemental, les agrocarburants contribuent également à la réduction de la dépendance énergétique des pays, une hausse de la production permettant de réduire les importations de pétrole ou ses dérivés.

Par ailleurs, le développement des agrocarburants crée de nouvelles filières agricoles et pourraient offrir de nouveaux créneaux porteurs pour les agriculteurs des pays en voie de développement. Les pays de l’Afrique de l’Ouest, comme la plupart des pays africains, ne sont pas restés en marge de la tendance au développement des agrocarburants considérés à tort ou à raison comme la solution au problème de cherté ou rareté des carburants. Mais, a-t-on pris le temps d’évaluer les effets néfastes de cette option ?

ELABORATION DE POLITIQUES ET STRATEGIES NATIONALES EN MATIERE D’AGROCARBURANT

La plupart des pays de la sous-région ouest-africaine ont élaboré ou sont en train d’élaborer des politiques et stratégies nationales en matière d’agrocarburant.

Le Sénégal, le Ghana et le Nigeria possèdent des stratégies nationales de promotion d’agrocarburants. Ces stratégies sont basées sur la mise sur pied d’un comité technique chargé de définir les politiques à mettre en oeuvre dans ce secteur, de créer un cadre législatif et réglementaire incitatif pour la production et l’utilisation des agrocarburants et de développer dans les court et moyen termes, des filières bioalcool et biodiesel.

Si la stratégie nigériane se base sur la production de bioéthanol à partir du manioc et de la canne à sucre, le Ghana a accentué son projet pilote sur le pourghère avec la société Anuanom Industrial Bio Products Ltd qui développe un immense projet de culture de Jatropha pour la production de biodiesel, en collaboration avec le secteur public. L’objectif est de développer à terme une plantation de Jatropha sur une superficie d’un million d’hectares (1 000 000 ha).

Au Burkina Faso, au Niger et en Côte d’Ivoire, les gouvernements ont exprimé clairement leur souhait de développer la production d’agrocarburants.

Mais ce sont les opérateurs privés qui se sont lancés les premiers dans le développement de projets visant à produire d’agrocarburants. Ainsi, au Burkina Faso, les sociétés DAGRIS et SN CITEC ont élaboré un projet de production du biodiesel à partir de l’huile de coton destiné à être incorporé au gasoil et/ou pour carburation dans les groupes électrogènes utilisés pour la production d’électricité dans le pays, alors qu’en Côte d’Ivoire c’est la société "21st Century Energy" qui compte investir environ 650 milliards Fcfa sur une période de 5 ans pour produire l’éthanol pour l’exportation sur le marché sous-régional et même international.

Cela aboutira à une production de 3,5 milliards de litres d’agrocarburant par an, en utilisant la canne à sucre et le maïs. Au Niger, c’est le pourghère (Jatropha curcas) qui a attiré l’attention des responsables de la Société IBS Agro Industries qui s’intéresse à la production d’agrocarburant.

Cette société a déjà initié l’expérimentation dans la région de Gaya où il se propose d’aménager 4 000 ha pour la culture de cette plante, et d’installer une usine pour produire 25 000 litres par jour ’agrocarburant. Dans ce pays, de plus en plus d’opérateurs privés s’intéressent à cette filière.

Au Mali, la culture du Jatropha est déjà assez avancée. Cette plante est très largement utilisée comme haie dans le pays sur des milliers de kilomètres. C’est la GTZ qui a lancé les activités relatives au Jatropha dans ce pays en 1987, dans le cadre d’un programme de promotion des énergies renouvelables.

Le projet Jatropha lui-même a commencé en 1993 et s’est terminé en 1997 (travaux de Reinhard Henning) ; ce projet ne visait pas particulièrement la production d’agrocarburants mais plutôt l’utilisation de cette huile comme élément essentiel pour activer un système circulaire combinant des effets écologiques et économiques, avec des activités génératrices de revenus, en particulier en faveur des femmes.

Ces activités ont permis de montrer que moyennant l’addition d’un filtre à essence, l’huile pure de Jatropha peut faire fonctionner les moteurs de type Lister qui sont utilisés dans les zones rurales pour faire tourner les moulins à grains et les pompes à eau. Certaines études ont même envisagé la substitution du pétrole par l’huile pure de jatropha pour les lampes et les cuisinières.

A côté de la canne à sucre et du manioc, le Nigéria explore également la possibilité d’utilisation de l’arachide, les graines de citrouille, du pourghère (Jatropha curcas) et le palmier à huile pour la production du biodiesel. Mais certaines de ces cultures pourraient contrarier la relève du défi de la souveraineté alimentaire.

Au Bénin, dans le cadre du Projet de Fourniture des Services d’Energie (PFSE) de la Direction Générale de l’Energie, il est envisagé, dans le cadre de la composante biomasse du projet, la production locale de bioéthanol et de biodiesel. A cet effet, un programme de Développement d’agrocarburant est en cours de préparation, et vise à produire du biodiesel à partir du ricin (Ricinus communis) et du pourghère (Jatropha curcas) destiné au secteur agricole, aux transports et à la production d’électricité et du bioéthanol comme énergie de cuisson, et comme carburant de substitution à l’essence à partir de la pomme d’anacarde.

Par ailleurs, deux des principales entreprises de distribution de produits pétroliers dans le pays, Oryx et Pegaz, ont démarré des études de faisabilité pour l’implantation d’usines (Kèmi FAKAMBI, communication personnelle). D’autre part, la société italienne Green Waves vient d’obtenir l’autorisation et l’appui du gouvernement béninois pour l’exploitation de 250 000 hectares en tournesol, pour la production de carburant (Quotidien Le Matinal, 28 août 2007). Le Président de la République, s’est personnellement impliqué dans le développement d’agrocarburants suite à son récent voyage au Brésil, pays pionnier dans le secteur. De plus en plus, la filière canne à sucre semble la plus priorisée pour la production industrielle du bioéthanol.

UN PARTENARIAT PUBLIC-PRIVE COMMENCE A S’INSTALLER DANS LE SECTEUR

Dans la plupart des pays, même si l’initiative est prise par les autorités publiques, les sociétés privées et les Organisations Non Gouvernementales (ONG) sont associées aux stratégies. Dans certains cas, ces privés ou ONG s’intéressent au secteur d’agrocarburant indépendamment des décisions publiques.

C’est ainsi qu’au Bénin, les ONG Jeunesse Sans Frontières-Bénin (JSF-Bénin), Africa Cultures et Goupe de Recherche Scientifique et Technique sur les Energies Renouvelables (GRSTER-ONG) ont commencé des activités de recherche ou de production sur le pourghère (Jatropha curcas). Au Ghana, c’est la société Anuanom Industrial Bio Products Ltd qui a été associée au développement d’agrocarburant. En Côte d’Ivoire, le gouvernement en donnant son accord de principe à M. David Meyers, Président de la société "21st Century Energy" à travers le ministère de l’Agriculture a consacré l’établissement d’un partenariat secteur public-secteur privé.

DES ORGANISATIONS SOUS-REGIONALES S’IMPLIQUENT DANS LE DEVELOPPEMENT D’AGROCARBURANT

L’union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) a élaboré un Programme Régional Biomasse Energie (PRBE). La mise en oeuvre de ce programme devrait contribuer à l’élaboration d’une Politique Energétique Commune (PEC).

Dans le cadre de ce programme, un atelier de validation de l’étude sur le développement de la filière Ethanol /Biocarburants dans l’espace UEMOA s’est tenu à Dakar du 20 au 22 novembre 2006. L’UEMOA et le FAGAS (Fonds Africain de Garantie et de Financement) sont impliqués dans la promotion et le développement de la filière d’agrocarburant en Afrique de l’Ouest. Au cours de cette rencontre, les opérateurs privés ont décidé de créer une association dénommée « Association Africaine des Producteurs de Biocarburants (AAPB) ». Cette association a pour objet de promouvoir la production et la commercialisation des agrocarburants en Afrique.

A la lumière de ce qui précède, il va de soi que la plupart de nos pays se préparent à adopter les agrocarburants comme source d’énergie alternative.

La pertinence de ce choix n’est pas à démontrer si on s’en tient aux avantages potentiels de ces carburants. Toutefois, l’introduction de plantes alimentaires telles que le maïs, le manioc, le palmier à huile, la canne à sucre, etc. et l’affectation d’une bonne partie des terres fertiles aux cultures énergétiques pourraient entraver la souveraineté alimentaire dans ces pays dont certains sont déjà confrontés au problème d’insuffisance alimentaire avec des produits alimentaires de plus en plus chers.

Une réflexion profonde s’avère indispensable pour opérer des choix stratégiques qui garantissent la souveraineté alimentaire et le développement durable de nos pays.

A PROPOS DES PLANTES TRANSGENIQUES ET DES AGROCARBURANTS

Le débat sur le développement des agrocarburants dans nos pays s’ouvre à un moment où le débat relatif à l’introduction des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) dans l’agriculture a atteint son paroxysme, avec une tendance générale à leur rejet dans plusieurs pays, surtout par les paysans, les consommateurs et les communautés locales. Le développement des agrocarburants et l’offensive médiatique qui l’accompagne actuellement, laisse penser que l’adoption de ces carburants agricoles constitue une solution à la cherté des carburants d’origine pétrolière, et à la réduction de la pauvreté. Vu la réticence des populations à consommer les OGM, il y a lieu de penser que le développement des agrocarburants pourrait être la nouvelle porte d’entrée des OGM dans l’agriculture de nos pays.

CONCLUSION

Le développement des agrocarburants intéresse la plupart des pays ouest-africains. Dans ces pays, les différents programmes de développement de ces carburants sont à leur début ou en cours d’élaboration.

Un partenariat secteur public-secteur privé commence à se développer dans plusieurs pays, et l’implication d’organismes de coopération sous-régionale permet d’espérer un développement harmonieux d’un secteur qui présente des intérêts très importants pour le développement socio-économique et la protection de l’environnement dans ces pays.

Cependant, il est important de cibler des cultures qui contribuent à protéger l’environnement et qui n’hypothèquent pas la souveraineté alimentaire dans ces pays dont certains sont caractérisés par une production alimentaire insuffisante. A cet effet, le pourghère (Jatropha curcas), le ricin et la pomme d’anacarde apparaissent comme les cultures les plus prometteuses pour la production de biodiesel ou de bioéthanol.

Aujourd’hui, le pourghère (Jatropha curcas) est cultivé au Togo, au Ghana, au Sénégal, au Mali, en Côte d’Ivoire et au Niger. L’expérimentation a commencé au Bénin.

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