Le monde rural va mal (Déclaration du CNCR, Sénégal)

Le monde rural va mal (Déclaration du CNCR, Sénégal)

Le gouvernement a pris le 27 mars 2008 la décision d’allouer dix milliards de FCA aux populations rurales et à leur cheptel victimes des mauvaises conditions de préparation et de déroulement de la campagne agricole 2007.

Le CNCR prend acte de cette décision tardive et unilatérale. Selon plusieurs déclarations du ministre de l’agriculture, on savait dès le mois d’octobre que les résultats de la campagne agricole d’hivernage seraient mauvais et que dans la plupart des zones d’agriculture pluviale et d’élevage, les populations allaient connaître un grave déficit en vivres et en fourrages. Les systèmes d’alerte précoce n’ont pas fonctionné pour informer et pour évaluer la situation.

En octobre 2007, le CNCR a sonné l’alerte suite à sa tournée dans les onze régions du pays. Ce n’est qu’en début d’année 2008 que le gouvernement a envoyé des missions sur le terrain. Il n’a pas jugé utile d’y associer les organisations de producteurs agricoles ainsi que la société civile.

Le CNCR est persuadé que s’il s’agit de faire face aux besoins alimentaires des populations et du bétail victimes de la mauvaise campagne agricole, ce montant est très insuffisant pour couvrir le déficit alimentaire de celles-ci pendant cinq mois. Cette mesure est inéquitable et injuste socialement comparée aux subventions à l’énergie dont profitent principalement les populations urbaines, aux investissements en infrastructures réalisées principalement à Dakar et aux budgets des multiples agences gouvernementales. En fait, pour l’Etat sénégalais, les populations rurales sont toujours des citoyens de seconde zone.

Le CNCR est convaincu que ce sera grâce à leur travail et à l’assistance de leurs parents que les populations rurales feront face aux besoins alimentaires de leurs familles et non aux quelques kilos de riz par personne qui seraient distribués avec beaucoup de retard. Malgré tout, les membres du CNCR comme tous les autres contribuables sénégalais exigent que l’identification des familles dans le besoin et la distribution se fassent dans la plus grande transparence et justice.

Au-delà de l’urgence de la situation, ce que le CNCR demande et a toujours demandé au gouvernement, c’est de mettre en place une politique agricole concertée, efficace, cohérente et stable. Si les aléas climatiques ont été une des causes de la forte baisse de la production agricole, il est évident que les incohérences et les errements de la « politique agricole » en sont les raisons profondes. Par exemple, aujourd’hui, à deux mois du début de l’hivernage, le gouvernement n’a pas encore arrêté de façon concertée le programme de la prochaine campagne agricole. Cette méthode de programmation a abouti à une dispersion des ressources financières publiques dans des programmes spéciaux mal élaborés et inefficaces.

Le CNCR demande que les ressources financières publiques soient concentrées sur les actions majeures permettant aux producteurs de relancer leurs productions agricoles et animales. Pour cette campagne les priorités sont :

- L’accès à bonne date des producteurs aux semences, aux engrais et produits phytosanitaires aussi bien pour les cultures commerciales que vivrières ;
- La fixation de prix d’achat aux producteurs incitatifs ;
- La mise en œuvre d’un programme d’urgence de réparation des forages et d’entretien des pare-feux ;
- La suspension provisoire de la TVA sur les aliments de bétail. Il reste que la suppression des droits de douanes ne peut être qu’un pis-aller et entraînerait, à long terme, la déprotection de notre agriculture ;
- La dotation des services vétérinaires en produits de diagnostic et en vaccins pour parer à toute épizootie fréquente en période de sous alimentation aiguë du bétail ;
- Des mesures concernant l’endettement des producteurs.

Pour permettre la mise en œuvre urgente de ces priorités, le CNCR demande encore une fois, dans les plus brefs délais, une concertation avec le gouvernement.

Le ministère de l’agriculture et le ministère de l’élevage doivent aussi concentrer leurs efforts sur la mobilisation à temps des importantes ressources financières mises à la disposition de l’Etat par les partenaires au développement.

La situation actuelle de l’agriculture et du monde rural est grave et nécessite une politique agricole à moyen et long terme de grande envergure. Le CNCR rappelle que la loi d’orientation agro- sylvo- pastorale votée en mai 2004 n’est toujours pas appliquée.

Face à la hausse brutale et durable des prix des produits alimentaires et des produits pétroliers importés, le Sénégal n’a d’autre choix que d’opter pour une politique ambitieuse de souveraineté alimentaire. Comme les populations rurales, les populations défavorisées des villes vivent une situation alimentaire difficile et les mesures prises par l’Etat ne vont pas dans le sens de la lutte contre la faim. Populations urbaines, populations rurales, nous devons nous liguer pour appuyer et accompagner les producteurs agricoles de notre pays à produire ce que les Sénégalais consomment. L’Etat sénégalais doit adhérer à cette vision plutôt que de poursuivre les mirages d’un développement agricole sans les paysans.

A tous les Sénégalaises et sénégalais, nous souhaitons une bonne fête d’indépendance. Fait à Dakar, le 3 avril 2008

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