Une réponse à la crise alimentaire mondiale : Les paysans et les paysannes peuvent nourrir le monde !

Une réponse à la crise alimentaire mondiale :

Les paysans et les paysannes peuvent nourrir le monde !

Déclaration de Via Campésina du 24 avril 2008, Jakarta

Les prix des céréales sur le marché mondial sont en hausse. Les prix du blé ont augmenté de 130% entre mars 2007 et mars 2008. Les prix du riz ont augmenté de presque 80%. Les prix du maïs ont augmenté de 35% (1). Dans les pays qui dépendent fortement des importations de denrées alimentaires, certains prix ont augmenté de façon spectaculaire. Les familles pauvres voient leurs factures alimentaires augmenter et n’ont plus les moyens d’acheter le minimum nécessaire. Dans de nombreux pays, les prix des céréales ont doublé voire triplé dans le courant de l’année dernière. Les gouvernements dans ces pays sont fortement sous pression pour fournir des denrées alimentaires à des prix raisonnables. En Haïti, ce problème a provoqué la chute du gouvernement et de vives protestations ont eu lieu dans d’autres pays tels que le Cameroun, l’Egypte et les Philippines...

La crise actuelle : résultat de la libéralisation de l’agriculture Certains analystes ont essentiellement critiqué les agrocarburants, la demande mondiale croissante et le réchauffement de la planète comme étant des facteurs de la crise alimentaire actuelle. Mais en fait, cette crise est aussi le résultat de nombreuses années de politiques destructrices qui ont sapé les bases de la production alimentaire nationale. La libéralisation du commerce a mené une guerre virtuelle contre les petits producteurs. Les agriculteurs et agricultrices ont été incités à produire des cultures de rentes pour les sociétés multinationales pour ensuite acheter leur nourriture sur le marché mondial.

Au cours des 20 à 30 dernières années, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International (FMI) et plus récemment l’OMC, ont forcé les pays à diminuer leurs investissements dans la production alimentaire et à réduire leur soutien aux paysans et aux petits agriculteurs. Ceci a eu lieu bien que les petits agriculteurs soient les principaux producteurs de produits alimentaires dans le monde.

Les principaux bailleurs de fonds internationaux ont également montré un manque d’intérêt pour la production alimentaire. La coopération pour le développement des pays industrialisés pour les pays en développement est passée de 20 milliards de dollars en 1980 à 100 milliards de dollars en 2007. Toutefois, le soutien à l’agriculture est tombé de 17 milliards de dollars à 3 milliards de dollars pendant la même période. Et la plupart de ces fonds n’a sans doute pas été orientée vers la production alimentaire paysanne.

En vertu de politiques néo-libérales, les réserves alimentaires gérées par l’État ont été jugées trop coûteuses et les gouvernements ont été contraints de les réduire et de les privatiser en suivant des programmes d’ajustement structurel. Bulog par exemple, une entreprise d’État en Indonésie, fondée pour réglementer les stocks régulateurs, a été privatisée en 1998 en vertu des politiques du Fonds Monétaire International. Sous la pression de l’OMC, les offices publics de commercialisation ont été démantelés car ils allaient à l’encontre du principe de « libre »-échange. En vertu des accords de l’OMC, les pays ont également été contraints de "libéraliser" leurs marchés agricoles en réduisant les droits à l’importation (ce qui représente une importante perte de revenus pour les gouvernements importateurs !) et en acceptant des importations pour au moins 5% de leur consommation intérieure, même s’ils n’en avaient pas besoin. En même temps, les sociétés multinationales ont maintenu le dumping des excédents sur les marchés nationaux, en utilisant toutes les formes de subventions directes et indirectes à l’exportation. Les gouvernements nationaux n’ont pas réussi à stabiliser leurs marchés et à protéger les agriculteurs et les consommateurs contre les brusques fluctuations de prix.

Les politiques néolibérales ont détruit les capacités des pays à se nourrir.

Après 14 ans d’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain), le Mexique a connu une crise majeure, souvent surnommée la "crise de la tortilla". D’un pays exportateur, le Mexique est devenu dépendant des importations de maïs américain et importe actuellement 30 pour cent de son maïs. De nos jours, tandis que des quantités accrues de maïs américain ont soudainement été détournées pour la production d’agro-carburants, les quantités disponibles pour les marchés mexicains ont chuté, provoquant des montées de prix.

En 1992, les agriculteurs indonésiens ont produit suffisamment de soja pour fournir le marché intérieur. Le tofu et le « tempeh » à base de soja, représentent une partie importante de l’alimentation quotidienne dans tout l’archipel. Suite à la doctrine néo-libérale, le pays a ouvert ses frontières aux importations de produits alimentaires, permettant au soja américain bon marché d’inonder le marché. Cela a détruit la production nationale. Aujourd’hui, 60% du soja consommé en Indonésie est importé. Les prix record du soja américain en janvier dernier ont conduit à une crise nationale, durant laquelle les prix du « tempeh » et du tofu (la « viande du pauvre ») ont doublé en quelques semaines.

Selon la FAO, le déficit alimentaire en Afrique de l’Ouest a augmenté de 81% entre 1995 et 2004. Pendant la même période les importations de céréales ont augmenté de 102%, les importations de sucre de 83%, les produits laitiers de 152% et la volaille de 500%. Or, d’après le FIDA (2007), la région a le potentiel pour produire des quantités suffisantes de nourriture.

Partout dans le monde, la libéralisation se poursuit, même si elle augmente la vulnérabilité des pays : l’Union Européenne oblige les pays ACP par de prétendus Accords de Partenariat Économique (APE), à libéraliser leur secteur agricole. Les effets néfastes sur la production alimentaire sont prévisibles.

Le boom des agrocarburants : un choc soudain sur les marchés mondiaux

L’émergence des agrocarburants est une autre cause de la hausse des prix alimentaires. Au cours des dernières années, les sociétés multinationales et les puissances économiques mondiales comme les États-Unis et l’Union Européenne, ont rapidement développé la production d’agrocarburants. Des subventions et des investissements massifs sont dirigés vers ce secteur en plein "boom". Par conséquent, l’usage de la terre a rapidement évolué, passant de la production alimentaire à la production de carburants. Une importante partie du maïs américain a soudainement "disparu" du marché, étant donné qu’il a été acheté pour la production d’éthanol. Cette explosion incontrôlée du secteur des agrocarburants a créé un choc dans les marchés agricoles internationaux déjà instables. L’Égypte, un des plus grands importateurs de céréales, a demandé aux États-Unis et à l’UE de cesser d’encourager la croissance du maïs et d’autres cultures au profit des agrocarburants. En Egypte, les prix alimentaires, y compris celui du pain subventionné, ont augmenté de près de 30% l’année dernière(2). Aux Philippines, le gouvernement porte maintenant son attention sur les quelques 1,2 millions d’hectares de terres destinées à la production de jatropha dans le sud de l’île de Mindanao, pour la Compagnie Nationale de Pétrole Philippines – Société de Carburants Alternatifs. Il a alloué également plus de 400 000 hectares de terres aux investissements du secteur privé . La jatropha curcas est un arbuste non-comestible tolérant à la sécheresse. Elle produit des fruits de la taille de balles de golf qui contiennent de l’huile pouvant être convertie en agrocarburant. Des impacts sur la sécurité alimentaire locale sont envisageables (5).

Spéculateurs : Les paris sur la pénurie prévue Souvent éclipsée dans le débat public, la spéculation est l’une des principales causes de la crise alimentaire actuelle. La production reste élevée, mais les spéculateurs misent sur la pénurie prévue et l’augmentation artificielle des prix.

La production mondiale de céréales en 2007/2008 est estimée à 2108 millions de tonnes (soit une augmentation de 4,7% par rapport à 2006/2007). Ce qui la place bien au-delà de la croissance moyenne de 2 % des dix dernières années. La consommation moyenne de céréales pour l’alimentation a augmenté d’environ 1% par an et atteindra 1009 millions de tonnes en 2007/2008. L’utilisation destinée à l’alimentation a augmenté de 2%, atteignant 756 millions de tonnes. L’utilisation à d’autres fins sera d’environ 364 millions de tonnes. Une part importante est constituée de maïs (95 millions de tonnes), dont une grande partie est destinée aux agrocarburants. Les États-Unis prévoient d’utiliser 81 millions de tonnes de maïs pour l’éthanol, soit 37% de plus qu’en 2006/2007.

Il est estimé que les réserves mondiales connaissent une diminution de 21 millions (5%) de tonnes à 405 millions de tonnes à la fin de la saison en 2008. Les stocks ont été en baisse pendant plusieurs années ; ils se trouvent maintenant à leur niveau le plus bas en 25 ans.

S’il est vrai qu’au cours des dernières années, la demande a légèrement augmenté par rapport à la production, une politique nationale et internationale équilibrée en ce qui concerne la production alimentaire intérieure, pourrait facilement remédier à la situation et garantir des prix stables pour les agriculteurs et les consommateurs.

Les sociétés multinationales et les analystes conventionnels prévoient que la terre sera de plus en plus utilisée pour les agrocarburants (le maïs, mais aussi l’huile de palme, les graines de colza, la canne à sucre…). Ils conjecturent que la classe moyenne asiatique croissante commencera à acheter de la viande, ce qui augmentera la demande en céréales. De plus, ils entrevoient des effets climatiques négatifs sur la production alimentaire, tels que de graves sécheresses et des inondations. Pendant ce temps, les multinationales obtiennent de manière agressive de vastes zones de terres agricoles autour des villes à des fins spéculatives, en expulsant les petits producteurs de denrées alimentaires. En Inde, plus de 700 prétendues "Nouvelles Zones Économiques" sont en cours de création, chassant ainsi les agriculteurs et agricultrices de leurs terres.

Sur la base de ces prévisions, les sociétés multinationales ont manipulé les marchés. Les opérateurs de marché ont écarté des réserves du marché, afin de stimuler les augmentations de prix et de générer d’énormes profits par la suite. En Indonésie, en pleine hausse des prix du soja en Janvier 2008, la société PT Cargill Indonesia conservait encore 13 000 tonnes de graines de soja dans ses entrepôts de Surabaya, dans l’attente que les prix atteignent des records.

Dans de nombreux pays, de grands supermarchés ont acquis un pouvoir de quasi-monopole et ils augmentent leurs prix nettement plus que ce qui peut être justifié par la hausse des prix des produits agricoles. En France par exemple, le prix de certains yaourts a augmenté de 40% alors que le coût du lait ne représente qu’un tiers du prix total. Une augmentation substantielle du prix du lait versé aux agriculteurs ne pourrait jamais provoquer une telle augmentation de prix. (3) En Allemagne, les agriculteurs ont vu le prix du lait au départ de la ferme baisser de 20 à 30%, les poussant à la faillite car les supermarchés utilisent des produits laitiers bon marché comme outil de marketing pour attirer les consommateurs.

La spéculation financière internationale joue un rôle majeur dans les augmentations des prix des denrées alimentaires depuis l’été 2007. En raison de la crise financière aux États-Unis, les spéculateurs ont commencé à passer des produits financiers aux matières premières, y compris les produits agricoles. Ce qui affecte directement les prix dans les marchés intérieurs, étant donné que de nombreux pays sont de plus en plus dépendants des importations de denrées alimentaires.

Tout ceci a lieu alors qu’il y a encore suffisamment de nourriture dans le monde pour nourrir la population mondiale. Selon la FAO, le monde pourrait même nourrir jusqu’à 12 milliards de personnes dans le futur.

Les leçons tirées de la crise : le marché ne résoudra pas le problème L’instabilité des marchés alimentaires internationaux est une des caractéristiques des marchés agricoles : en effet, la production est saisonnière et variable et une augmentation de la production ne peut pas être réalisée très rapidement étant donné que les cultures ont besoin de temps pour se développer. En même temps, la consommation n’augmente pas beaucoup si davantage de denrées alimentaires sont disponibles. Par conséquent, de petites différences dans l’offre et la demande, les incertitudes concernant les récoltes futures et la spéculation sur les marchés internationaux, peuvent avoir d’énormes effets sur les prix. La volatilité des marchés alimentaires est principalement attribuée à la déréglementation, à l’absence de contrôle des plus grands acteurs et au manque d’intervention étatique nécessaire sur le plan international et national afin de stabiliser les marchés. Les marchés dérèglementés constituent le point majeur du problème !

Les paysans et les petits agriculteurs ne bénéficient pas de prix plus élevés

Alors que les spéculateurs et les grands opérateurs tirent profit de la crise actuelle, la plupart des paysans et des paysannes ne bénéficient pas de la hausse des prix. Ils cultivent des produits alimentaires, mais les fruits de la récolte ne restent pas dans leurs poches : tout a déjà été vendu au prêteur sur gages, à la société d’intrants agricoles, ou directement à l’opérateur économique ou à l’unité de traitement. Bien que les prix en faveur des agriculteurs aient augmenté pour certaines céréales, ceux-ci restent modestes par rapport aux hausses sur le marché mondial et aux augmentations imposées aux consommateurs. Si les denrées alimentaires sur le marché proviennent de producteurs nationaux, les profits sur des prix plus élevés sont habituellement récoltés par des entreprises et autres intermédiaires qui achètent les produits auprès des agriculteurs et les vendent à un prix élevé. Si les produits proviennent du marché international, cela est encore plus clair : les sociétés multinationales contrôlent ce marché. Elles définissent à quel prix les produits sont achetés dans le pays d’origine et à quel prix ils sont vendus dans le pays importateur. Dans certains cas, les prix ont augmenté au profit des producteurs, mais la plus grande partie de cette augmentation est encaissée par d’autres. Dans les secteurs de l’industrie laitière et de la viande,les agriculteurs voient même leurs prix baisser en raison de l’augmentation des coûts de production, tandis que les prix à la consommation montent en flèche.

En dépit de certaines augmentations modérées des prix au niveau des exploitations, les éleveurs de bovins connaissent une crise due à la hausse des prix du fourrage et les producteurs de céréales font face à de fortes hausses des prix des engrais à base d’huile. Les agriculteurs vendent leurs produits à un prix extrêmement faible par rapport à ce que les consommateurs paient. En Europe, la Coordination espagnole des Associations d’Agriculteurs et d’Eleveurs (COAG) a calculé que les consommateurs en Espagne payent jusqu’à 600% de plus que ce que le producteur de denrées alimentaires perçoit pour sa production. Des chiffres similaires existent également dans d’autres pays où le prix à la consommation est principalement défini par les coûts de transformation, le transport et le commerce de détail.

Parmi les victimes : les travailleurs et travailleuses agricoles, les paysans sans terre et les producteurs de cultures de rente Les travailleurs agricoles ainsi que de nombreuses personnes des zones rurales doivent également acheter de la nourriture car ils n’ont pas accès à la terre pour produire. Ils sont par conséquent gravement touchés par la crise actuelle. Certains paysans et petits agriculteurs possèdent certainement des terres mais ils sont forcés de produire des cultures de rente au lieu de denrées alimentaires. L’augmentation du prix des huiles comestibles en Indonésie depuis 2007, n’a pas du tout bénéficié aux producteurs d’huile de palme indonésiens. Ils ont seulement reçu une augmentation mineure des prix de la part des gros acheteurs et ils ne comprennent pas pourquoi les gens ordinaires et les consommateurs ont à subir de prix tellement élevés pour de l’huile comestible. Beaucoup d’entre eux travaillent dans le cadre d’une agriculture sous contrat avec de grandes entreprises agro-industrielles qui transforment, raffinent et vendent le produit. Un petit nombre de grandes entreprises agro-alimentaires a augmenté les prix intérieurs, suivant la hausse des prix internationaux. La contractualisation des producteurs agricoles crée une situation dans laquelle les agriculteurs et agricultrices ne peuvent pas produire de nourriture pour leur famille car ils doivent produire des cultures de rente, comme des monocultures telles que la canne à sucre, l’huile de palme, le café, le thé et le cacao. Cela signifie que même si l’agriculteur reçoit une légère augmentation pour sa culture de rente, il doit acheter de la nourriture beaucoup plus coûteuse sur le marché. Par conséquent, l’augmentation des prix des produits alimentaires entraîne aussi une plus grande pauvreté au sein des familles agricoles.

Les consommateurs urbains durement touchés

Les politiques internationales des dernières décennies ont expulsé des centaines de millions de gens vers les zones urbaines où la plupart d’entre eux ont atterri dans des taudis, menant une vie très précaire, contraints de travailler pour des salaires très bas et d’acheter de la nourriture et d’autres biens à un prix élevé. Ils sont les premières victimes de la crise actuelle car ils n’ont aucun moyen de produire leur propre nourriture. Leur nombre a augmenté de façon spectaculaire et ils dépensent une grande partie de leurs revenus dans la nourriture. Selon la FAO, l’alimentation représente de 60 à 80 pour cent des dépenses des consommateurs dans les pays en développement (y compris les paysans sans terre et les travailleurs agricoles).

Les entreprises exploitent sans pitié la situation actuelle, acceptant qu’un nombre croissant de personnes souffre de faim car ils n’ont pas l’argent pour acheter la nourriture disponible. Les gouvernements sont obligés d’importer des denrées alimentaires coûteuses pour satisfaire la demande des consommateurs et n’ont pas les moyens de soutenir les consommateurs les plus pauvres.

Davantage de libre-échange ne résoudra pas la crise Des institutions telles que la Banque mondiale et le FMI ainsi que certains gouvernements, préconisent à présent davantage d’investissements dans l’agriculture, une augmentation de l’aide alimentaire pour les pays importateurs de produits alimentaires à faibles revenus et la poursuite de la libéralisation des marchés afin que les pays puissent améliorer leurs revenus grâce aux exportations. Nombreux sont ceux qui font valoir que nous avons besoin de modes de production plus intensifs, ce qui pour eux signifie une agriculture utilisant d’avantages d’intrants issus de l’industrie pétrolière. Cela implique l’introduction d’OGM et l’utilisation de plus d’énergies fossiles !

Ces défenseurs d’une agriculture plus intensive, sont aussi en faveur d’une deuxième révolution "verte" menée par les sociétés multinationales en Afrique. Dans le même temps, ils continuent de faire pression dans le cadre du cycle de Doha pour obtenir un plus grand accès aux marchés pour les sociétés multinationales et pour que tout soutien financier supplémentaire soit conditionné par des critères politiques qui augmenteront la dépendance des pays « aidés ». Rien n’est dit sur la nécessité de renforcer la réglementation et la stabilisation du marché ou bien sur la question de savoir si le soutien demandé sera bien destiné à une production alimentaire provenant de l’agriculture paysanne. De tels investissements seront dirigées aux pays importateurs, l’aide financière leur sera « offerte », moyennant davantage d’investissements dans une production alimentaire dirigée par des multinationales et continuant à imposer la même recette de déréglementation et de privatisation.

Dans les négociations de l’OMC, les prix élevés sont utilisés pour que les gouvernements acceptent de nouvelles réductions tarifaires et une plus grande déréglementation des marchés agricoles. Cela établira la prochaine crise, lorsque les fluctuations de prix prendront une autre direction.

Un moyen de sortir de la crise : la reconstruction de l’économie alimentaire nationale

Pour faire face à la crise actuelle, La Via Campesina est convaincue que les pays devraient accorder la priorité dans leur budget au soutien des consommateurs les plus pauvres, afin que ceux-ci aient accès à suffisamment de nourriture. Dans le même temps, ils devraient donner la priorité à leur production alimentaire nationale afin qu’ils deviennent moins dépendants du marché mondial. Cela signifie une augmentation des investissements dans la production alimentaire issue de l’agriculture paysanne pour le marché intérieur.

Nous avons besoin d’une production alimentaire plus intensive, mais intensive dans l’utilisation de la main-d’œuvre et dans l’utilisation durable des ressources naturelles. Des systèmes de production divers doivent être développés, des systèmes qui ne sont pas exclusivement centrés sur les principales récoltes comme le maïs, le soja, le riz et le blé, mais qui intègrent des denrées alimentaires locales qui ont été négligées depuis le début de la révolution "verte". Les petites exploitations familiales peuvent produire une grande diversité de denrées alimentaires qui garantissent une alimentation équilibrée et certains excédents pour les marchés. La petite exploitation agricole familiale est une protection contre la faim !

Les prix du marché intérieur doivent être stabilisés à un niveau raisonnable pour les agriculteurs et les consommateurs : pour les agriculteurs et les agricultrices, afin qu’ils puissent recevoir des prix qui couvrent les coûts de production et garantissent un revenu décent, et pour les consommateurs et consommatrices afin qu’ils soient protégés contre les prix élevés des produits alimentaires. La vente directe des paysans et des petits agriculteurs aux consommateurs doit être encouragée. M. Jacques Diouf, secrétaire général de la FAO a déclaré que les pays en développement devraient avoir la possibilité d’atteindre l’autosuffisance alimentaire (6).

Dans tous les pays un système d’intervention doit être mis en place, pour permettre de stabiliser les prix du marché. Pour atteindre cet objectif, les contrôles à l’importation avec des taxes et des quotas sont nécessaires, afin de réglementer les importations et d’éviter le dumping ou des importations à bas prix qui sapent la production nationale. Les stocks régulateurs nationaux gérés par l’Etat doivent être mis en place afin de stabiliser les marchés intérieurs : en période de surplus, les céréales peuvent être prélevées sur le marché afin de constituer les réserves et en cas de pénurie, les céréales peuvent être redistribuées.

Par conséquent, les terres devraient être réparties de manière égale pour les familles sans terre et paysannes, par une véritable réforme agraire. Ce qui devrait inclure une régulation de l’accès à l’eau, aux semences, aux crédits et aux technologies appropriées. Les gens devraient être à nouveau capables de produire leur propre nourriture et de nourrir leurs propres communautés. Toute appropriation illicite de terres, expulsion des terres et expansion de la répartition des terres pour l’expansion de l’agro-industrie, doit être stoppée. Des mesures immédiates sont nécessaires pour soutenir les paysans et les paysannes pour qu’ils participent à l’ augmentation de la production alimentaire agro-écologique.

Les gouvernements nationaux ne devraient pas répéter l’erreur de pousser les agro-managers à investir dans des grandes unités de production alimentaire. Selon la FAO, les pays de l’ex-Union soviétique prévoient de confier des terres actuellement non cultivées à des agro-managers pour produire des denrées alimentaires. Présenté ceci comme une solution à la crise alimentaire, serait un erreur.

La réglementation des marchés internationaux et la mise en œuvre de droits fondamentaux

Au niveau international des mesures de stabilisation doivent être mises en place. Des stocks régulateurs internationaux doivent être constitués et un mécanisme d’intervention défini afin de stabiliser les prix sur les marchés internationaux à un niveau raisonnable. Les pays exportateurs doivent accepter les règles internationales qui contrôlent les quantités qu’ils peuvent apporter sur le marché.

Les pays devraient avoir la liberté de contrôler les importations afin de protéger la production alimentaire nationale.

La production de céréales pour les agrocarburants est inacceptable et doit être arrêtée, étant donné qu’elle rivalise avec la production de denrées alimentaires. Dans un premier temps, nous demandons un moratoire immédiat sur les agrocarburants, tel que proposé par Jean Ziegler, ancien rapporteur des Nations Unies sur le droit à l’alimentation.

L’influence des sociétés multinationales doit être limitée et le commerce international des denrées alimentaires de base doit être porté à un niveau minimum nécessaire. Dans la mesure du possible la production nationale devrait satisfaire la demande intérieure. C’est la seule façon de protéger les agriculteurs et les consommateurs contre les fluctuations brusques des prix du marché international.

Un accord possible dans le cycle de Doha se traduira par un autre coup dur pour la production alimentaire se basant sur une agriculture paysanne ; par conséquent, tout accord doit être rejeté.

Les paysans et les petits agriculteurs sont les principaux producteurs de denrées alimentaires La Via Campesina est convaincue que les paysans et les paysannes peuvent nourrir le monde. Ils doivent donc être considérés comme la clé de la solution. Avec une volonté politique suffisante et la mise en oeuvre de politiques adéquates, davantage de paysans et de petits agriculteurs pourront facilement produire suffisamment de denrées alimentaires pour nourrir tout le monde à un prix raisonnable. La situation actuelle montre que des changements sont nécessaires !

Le temps pour la souveraineté alimentaire est venu !

Jakarta, le 24 avril 2008

Références

(1) Perspectives de récoltes et situation alimentaire par la FAO, 2008 (2) OCDE (Dans le Süddeutsche Zeitung 15-4-2008) (3) LEMONDE.FR avec l’AFP 24-02-2008 (4) Biofuel News 20-3-2008 (5) http://www.checkbiotech.org/green_News_Biofuels.aspx ?infoId=17206 (6) Le Monde 17-4-2008

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