PAC- « bilan de santé » analyse de Via Campesina (19/11/08)

PAC- « bilan de santé » :

Analyse de Via Campesina (19/11/08) Bruxelles, 19 novembre 2008

La réforme annoncée ne répond pas aux besoins de régulation, d’équité sociale, de légitimité. Le Conseil Agricole ne peut se satisfaire de gérer une proposition dépassée, inadaptée au contexte actuel et au contexte à venir de 2013.

Alors que nous faisons face à 5 crises systémiques majeures, qui se juxtaposent en un cocktail explosif ou…. refondateur, l’UE semble prête à décider une réforme PAC dans le droit fil des précédentes, comme si de rien n’était.

Pourtant la faim (un terrien sur 6), la faillite financière et la grave crise économique à venir, le réchauffement climatique, la disparition de la bio diversité, le crépuscule des énergies fossiles sifflent la fin de la récréation pour l’idéologie « libre »-échangiste imposée comme pensée unique depuis plusieurs décennies.

Lorsque les Etats les moins interventionnistes nationalisent de grandes banques pour les sauver de leur turpitudes, lorsqu’ils en appellent à plus de régulation financière et économique, pourquoi continuer à faire le contraire avec la PAC ?

Pourquoi s’entêter à augmenter chaque année la production laitière, alors que déjà l’UE produit plus que sa consommation, que la demande baisse, que les prix à la production baissent ?

Pourquoi s’entêter à éliminer les quotas laitiers alors qu’il suffit de les améliorer, de les rendre plus justes et sans valeur marchande ? Les producteurs ont besoin de marchés stables et de prix justes, sinon le monde rural sera vide de paysan(ne)s.

Pourquoi refuser de plafonner les paiements directs par actif, et dans le même temps éliminer les paiements directs des plus petites exploitations ? Est-ce ainsi que l’on va donner plus de légitimité des paiements directs aux yeux des contribuables ? Si l’on veut simplifier la gestion des paiements directs, pourquoi pas une prime forfaitaire pour toutes les exploitations actuellement en-dessous d’un certain seuil de prime ? Ce serait un signal clair de reconnaissance pour ces millions de petites exploitations multifonctionnelles qui font bien plus vivre le monde rural que les grandes exploitations qui accaparent les paiements directs.

Alors que la Cour des Comptes de l’UE vient de dénoncer le 10 novembre le niveau « disproportionné » d’erreurs dans la gestion des programmes de développement rural, le transfert de plus en plus de fonds du 1er vers le 2e pilier ne garantit pas que ces fonds sont effectivement utilisés pour un développement rural socialement et écologiquement durable. Par contre, à chaque fois que le 2e pilier soutient une production qui va être exportée, il participe au blanchiment du dumping de l’UE, ces fonds étant mis dans la boîte verte de l’accord OMC. Il en va de même pour les paiements directs découplés du premier pilier. Nous avons besoin de politiques agricoles et de développement rural cohérentes, pas d’une simple gymnastique instrumentale qui tente sans succès de tromper les pays tiers.

La Présidence française qui, à juste titre, a activé le débat sur la PAC 2013, n’aura rien fait pour faire avancer davantage le bilan de santé vers une agriculture plus durable, plus économe et autonome en intrants. La maison brûle,…. et le productivisme continue.

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