Le Jatropha préfère les bonnes terres, de préférence humide ! (ABC Burkina)

Le Jatropha préfère les bonnes terres, de préférence humide !

Article de Maurice Oudet abc Burkina n° 323

Il y a quelques jours, de passage à Boni (près de Houndé), j’ai interrogé un ami sur sa plantation de jatropha. Comme beaucoup d’autres paysans de son village, il y a bientôt un an, il a répondu positivement à l’invitation qui lui a été faite de développer cette plante dont les graines donnent une huile très fine qui peut servir de carburant. Il m’a répondu : « Ne me parlez plus de jatropha, tous mes plants sont en train de crever ».

Pourtant, les articles de presse qui font l’éloge du jatropha comme source d’agrocarburant sont très nombreux. Comme cet article qui qualifie le jatropha de « biocarburant venu du désert ». Ce serait une plante miraculeuse « qui pousse sur des terres arides, se cultive facilement et dont l’huile fait des envieux » ... La culture de cette plante n’entrerait pas en concurrence avec celle, vitale, de produits alimentaires, pour la bonne raison que l’atout principal du jatropha serait de pousser sur des terrains semi-arides. Pas si sûr !

La réponse de mon ami à ma question m’a poussé à poursuivre mes recherches. J’ai voulu en savoir plus. Et je suis tombé sur une étude sur les agrocarburants au Sénégal menée par deux ONG, Wetlands International et Actionaid Sénégal, qui invite à la prudence. En effet, pour Sidi Bâ, représentant du Cadre national de concertation des ruraux (CNCR), une organisation paysanne, "tel que c’est décrit dans le programme national (de culture de jatropha), le bio-carburant est effectivement une menace réelle pour les cultures vivrières".

"Cultiver du jatropha à la place du mil, du maïs ou de l’arachide, c’est dire aux paysans : mourrez de faim demain", ajoute M. Bâ.

Ces menaces sont surtout dues au fait que selon des spécialistes, la culture du jatropha était annoncée sur des terres dégradées, salées notamment. Mais il est cultivé sur des terres arables, dans le nord et le sud du pays notamment d’où provient l’essentiel de la production nationale de riz.

"Le jatropha peut pousser partout, mais il est recommandé de le cultiver sur des sols humides pour avoir des graines. C’est pour cette raison que les zones humides, les mêmes terres prévues pour l’agriculture, sont convoitées", affirme Pape Mawade Wade de Wetlands International.

Dans l’encyclopédie Wikipedia, on peut lire également : « au début des années 1990, une tentative de culture au Nicaragua sur 2 000 hectares n’a pas tenu ses promesses et s’est révélée catastrophique, avec pour seul rendement 200 litres par hectare (au lieu des 2 000 litres espérés). En effet, bien que la plante pousse bien sur les sols arides, il semblerait que son rendement chute si l’apport en eau et la qualité du sol sont insuffisants. Ce qui crée une pression sur le mode de culture, car viser un rendement optimal nécessite de planter sur un sol fertile et d’irriguer régulièrement... »

Finalement, le jatropha ressemble beaucoup à une vache laitière. Si vous voulez que votre vache soit en bonne santé et vous donne beaucoup de lait, il faut lui donner une nourriture saine et abondante. Si vous voulez que votre jatropha se développe vite et bien et vous donne beaucoup de graines (et donc beaucoup d’huile) plantez-le dans une bonne terre humide.

Arrêtons donc de dire que le jatropha n’entre pas en concurrence avec les cultures de produits alimentaires.

Koudougou, le 21 mars 2009 Maurice Oudet Président du SEDELAN

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