| Plate-Forme Souveraineté alimentaire (PFSA) |
www.pfsa.be/spip.php?article693

Communiqué de presse ECVC "Quel avenir pour le lait ? "
30 mars 2010

Communiqué de presse ECVC "Quel avenir pour le lait ? "

Bruxelles, 30 mars 2010

Après la conférence du 26 mars, la crise laitière continue : l’UE doit répondre aux attentes des producteurs et de la société.

L’avenir n’est pas dans les marchés à terme, ni le marché mondial, ni la restructuration, mais dans une production et un marché régulés, dans une production laitière durable à partir d’une alimentation animale européenne.

La conférence lait du 26 mars organisée par la Commission Européenne, en lien avec le travail du Groupe d’experts à haut niveau des 27, a permis à de nombreuses parties prenantes, dont la Coordination Européenne Via Campesina (ECVC), de s’exprimer. Les 27, la commission Européenne, ainsi que le Parlement Européen (codécision) doivent maintenant prendre leurs responsabilités afin de résoudre la crise laitière par le haut.

Pourquoi conditionner la politique européenne à un marché mondial très restreint ? Pourquoi s’entêter à exporter de la poudre de lait et du beurre ?

P.Vavra (OCDE) a rappelé que le marché dit mondial est très marginal, représente moins de 10% de la production. Or la Commission Européenne a persisté vendredi dans sa priorité à la « compétitivité » de la filière lait sur le marché mondial, sans être capable de la justifier auprès des producteurs et des contribuables. Si l’on retire les subventions à l’exportation et l’aide directe découplée[1], l’UE ne peut exporter ses excédents de poudre de lait et de beurre. Et transformer du soja d’Amérique du Sud en lait, faire sécher celui-ci en poudre, et l’exporter dans les pays tiers en faisant payer les contribuables, n’est ni durable ni défendable.

Ce ne sont pas les quotas laitiers qui ont fait disparaître 80% des producteurs depuis 1984.

L’UE n’a jamais, c’est-à-dire pas encore, attaqué les causes des excédents de lait des années 1970-80. Elle les a juste contenu avec les quotas, mais en maintenant ceux-ci à un niveau bien supérieur à la demande européenne, ce qui a toujours pesé sur les prix et contribué à faire disparaître 80% d’exploitations laitières. Si Dacian Ciolos a eu raison de dire le 26 mars que les quotas n’ont pas empêché la baisse du nombre de producteurs, cela ne veut pas dire qu’ils en sont la cause. C’est bien davantage la manière dont ils ont été mis en œuvre par les Etats Membres et la Commission (niveau trop élevé du quota européen, valeur marchande attribuée aux quotas,..) qui a contribué à la concentration de la production : mais il y a bien d’autres facteurs comme la politique des laiteries, l’intensification de la production, l’absence de droits de douane sur l’alimentation animale importée, l’établissement de normes d’élevage adaptées à ce modèle intensif, etc... La Commission devrait assumer sa position idéologique contre la régulation de la production plutôt que d’accuser les quotas de tous les maux !

La volatilité des prix n’est pas un fait, mais le résultat d’un choix

N’en déplaise à Mr Van Driel (DG AGRI), qui s’accommode d’un filet de sécurité empêchant le prix du lait de tomber jusqu’au prix mondial, la volatilité des prix croissante liée à la dérégulation des marchés est incompatible avec une économie agricole saine, en particulier en élevage. Baisser les prix très en dessous des couts de production et augmenter le quota pour en diminuer la valeur d’ici à 2015 est simplement irresponsable, voire criminel lorsqu’on pense aux nombreux producteurs qui se sont suicidés l’an dernier.

La demande intérieure de produits laitiers étant relativement stable, la volatilité du prix du lait est essentiellement liée au fait que l’UE a choisi une politique laitière qui rend le marché européen dépendant des fluctuations du marché international, alors que celui-ci ne touche qu’une tout partie de la production. Ce n’est pas le prix mondial -en fait un prix de transactions d’excédents- qui doit servir de référence, mais celui des coûts de production moyens d’une production durable.

La contractualisation ne serait pas bénéfique aux producteurs

Comme l’a indiqué Alison Burell (JRC, Commission), la contractualisation ne va pas renforcer le pouvoir des producteurs et ne vas pas garantir une meilleure répartition de la valeur ajoutée en leur faveur. Lidia Senra (ECVC) a rappelé qu’ « un contrat individuel entre producteur et une laiterie ne serait utile que s’il y a une maitrise publique de la production et une négociation collective des prix sur base des coûts de production (travail compris) ».

Renforcement du pouvoir de négociation des producteurs

A.Burell a indiqué que l’évaluation faite par la Commission du régime actuel des fruits & légumes, dont la réforme a misé sur le développement des groupements de producteurs, montre que ces groupements n’ont pas influencé les prix, imposés par la grande distribution. Il en est de même aux USA, qui ont une longue tradition de coopératives de mises en marché. La DG concurrence a laissé entendre que certaines adaptations des règles UE de concurrence sont possibles. Pour Lidia Senra, « sans cadre réglementaire, les producteurs n’auront pas de pouvoir de négociation » . L’heure n’est pas à la constitution de cartels, qu’ils soient de producteurs, de transformateurs, ou de distributeurs, mais chaque acteur de la filière doit être rémunéré à la juste valeur de ses coûts, en toute transparence.

Voir sur http://www.eurovia.org nos positions de 2009 sur la crise laitière et nos positions aux 3 auditions du groupe à haut niveau des 27.

contacts

Lidia Senra : + 34 609 84 5861 (ES-FR) Josian Palach : +33 671344902 (FR) Xavier Delwarte : +32 476 42 39 02 (FR-EN)

================================================== Gérard Choplin European Coordination Via Campesina Coordination Européenne Via Campesina rue de la Sablonnière 18- 1000 Bruxelles - metro : Botanique tel : + 32 (0)2 2173112 mobile : +32 (0)473257378 gerard.choplin@eurovia.org skype : gchoplin